Lolita de Vladimir Nabokov, tout à fait déroutant

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Aujourd’hui, je vous parle d’un roman très particulier, que peu d’entre vous connaissent à ma grande surprise. Pourtant Lolita est devenue une réelle figure littéraire et même sociologique. Cette image de petites filles sexualisées est encore et toujours d’actualité.

            Le roman relate l’histoire de Humbert Humbert, depuis toujours attiré par les jeunes filles entre 9 et 14 ans. Quand il rencontre Lolita âgée de 12 ans, il devient fou et pour la première fois, croit son rêve devenir réalité. Il épouse la mère de la jeune enfant pour rester auprès d’elle. Et quand la mère meurt accidentellement, Humbert devient le tuteur de Lolita. S’ensuit une course à travers les Etats Unis, de motel en motel…  



Malgré qu’il date des années 50, Lolita est résolument un roman assez moderne, qui ne vieillit pas. Son caractère choquant a traversé les années. Contrairement à Bovary par exemple qui ne choque plus vraiment aujourd’hui, le roman de Nabokov est toujours aussi troublant et difficile à analyser. Pourquoi écrire sur ce sujet ? Pour le dénoncer ? Ici la position de l’auteur est floue. L’histoire est racontée à la première personne du point de vue de Humbert, le pédophile. Tout au long du roman, l’auteur ne ressort pas vraiment, il ne semble pas donner son avis. Malgré que Nabokov désapprouve les agissements de son personnage, on se prend à douter.
Cependant malgré le dégoût que nous inspire ce livre, on ne peut s’empêcher de l’aimer. Nul ne peut nier que c’est un beau roman avec un style d’écriture tendre auquel on s’attache. On aime ce roman mais on se sent mal à l’aise, coupable de l’aimer. On retrouve une problématique dans l’art : la beauté et le rapport entre l’esthétique et l’éthique.


Le personnage principal Humbert Humbert tel qu’il est décrit est complexe et plein de paradoxes. Il essaie de se donner une image respectable mais il demeure un homme torturé. Au début du roman, il semble même parler à la troisième personne. Durant toute l’histoire, il ne cesse d’osciller entre bonnes intentions et pensées obscures. Il décrit longuement son attirance pour les jeunes enfants, les décrit comme une espèce à part, des créatures séductrices enfants de Lilith, proche des succubes qui séduisent les hommes : les nymphettes. Là est son obsession qu’il essaie de justifier par mille moyens.  Il critique la société et ses normes qu’on nous impose, se victimise, se plaint qu’un homme de 25 ans ait le droit de fréquenter une jeune fille de 16 ans mais pas de 12 ans.
Pourtant au début Humbert affirme vouloir garder sa Lolita chaste, pure. Est-ce un de ces moments de lucidité ou juste une machinerie pour nous attendrir et nous faire croire qu’il est un homme bon dans le fond ? De même il essaie d’élever Lolita le mieux possible, et a l’impression d’être un bon père. Il lit des livres sur l’éducation, gatte sa fille de présents.
Mais en contrepartie, Humbert passe par des phases très noires. Il exerce sur Lolita une réelle violence physique et psychologique et se livre en un chantage ignoble pour obtenir des faveurs. Le personnage se perd dans sa propre démence, il envisage même l’inceste avec plusieurs générations de Lolita.


Dans ces conditions-là, on ne peut pas parler d’amour, il me semble. Mais certains ont considéré ce roman comme une histoire d’amour. Mais pour moi c’est tout sauf ça. Je ne suis pas sure qu’il l’ait un jour aimé. Dans les ¾ du roman, il ne parle jamais d’amour, d’attirance, d’adoration oui. Mais jamais d’amour. Il n’en parle qu’à la fin quand elle lui a échappé. L’explication la plus commune est qu’il ne se rend pas compte de son amour parce qu’il pense n’être attiré que par son aspect de nymphette. Mais à la fin, il affirme l’aimer peu importe son âge. Il se repentit, se rendant compte du mal qu’il lui a fait.
Pourtant je ne crois pas vraiment à cette version. Malgré ce qu’il affirme, je ne pense pas qu’il ait jamais éprouvé de l’amour pour elle. Quand elle l’a fui, elle est devenue une réelle obsession pour lui. Si elle ne lui avait pas échappé, ça n’aurait pas été le cas et il aurait probablement fini par se détacher d’elle. Je pense aussi qu’il essaie de légitimer ses actes par son amour.
Qui plus est, la narration est faite par Humbert qui s’adresse au Messieurs et Mesdames du Jury en prévision de son procès, et au Lecteur lui-même. Nous ne pouvons pas donc être totalement sûrs de ce que nous lisons. N’arrange-t-il pas la vérité ? On ne sait à aucun moment ce que ressent Lolita. On ne sait pas non plus si Lolita a, un jour, été consentante, si le début de cette « relation » a été de son incitative ou s’il s’agissait d’un viol dès le début. Humbert nous raconte au début que ce fut elle qui prit l’initiative, mais elle parle de viol quelques chapitres plus loin.


Pour ceux qui veulent savoir à quoi s’attendre avant de commencer ce roman de 500 pages, sachez qu’il existe 2 films de Lolita. Celui de Stanley Kubrick (1962) et celui d’Adrian Lyne (1997). Je n’ai pas vu le premier, mais je doute qu’il soit vraiment très représentatif du livre. D’après la bande-annonce, il me semble un peu niais et très loin de la noirceur du roman. Le second film est nettement plus intéressant que le premier, mais encore une fois pas totalement représentatif. Lolita est un roman difficile à adapter. Il est difficile de transcrire la complexité des personnages et très vite un simple spectateur peut croire qu’il s’agit une histoire d’amour.



Beaucoup de choses à dire sur ce roman (je sais je sais !), mais c’est un roman très riche, très prenant mine de rien, qui nous dégoûte bien sûr mais dont on ne peut pas se détacher une fois commencé. Je le classerai totalement dans coup de cœur. Assez inattendu vu de l’extérieur mais je vous le conseille. Lisez-le, vous comprendrez. 

Vanessa. 🌸 Coin des licornes Blog littéraire lifestyle Toulouse

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